Certu

Club Innovations Transports des Collectivités

Accueil > Sécurité et sûreté > Sécurité routière

> Recherche détaillée

Changer de comportement ? Enquête sur nos façons de faire avec ce qu’il faut faire

ETUDE

Problématique

Il s’agit d’une étude sur les "usagers finals" de la sécurité, "cibles" des diverses actions menées dans ce domaine. Aborder les problèmes de responsabilité en matière de sécurité routière à la fois à travers ceux de l’alcoolisme, et ceux qui relèvent d’excès commis lors de débordements ponctuels (fêtes, sorties nocturnes, etc.), de sorte à pouvoir traiter aussi bien de cas chroniques ou d’infractions régulières que de cas isolés, dans un ensemble de sous-populations particulièrement sensibles au problème de la sécurité routière.

Année d'élaboration :

2006

Méthodologie

Toutes les questions posées visent à faire se raconter les conducteurs, non à les rendre plus responsables. Dans le but de chercher des voies d'amélioration, la conduite des individus est analysée en partant de leurs logiques, qui sont souvent efficaces et intelligentes, pour contourner la loi ou les interdictions, se justifier auprès des autres, et d'eux-mêmes, se représenter leur état de façon acceptable, limiter leurs propres débordements, etc. Au demeurant, loin d'être rares ou déviantes, toutes ces façons de s'arranger peuvent facilement être rapprochées des comportements que chacun de nous a tous les jours. L'originalité de l'approche réside dans le fait que le problème est abordé en adoptant en quelque sorte le poont de vue des gens ordinaires, en visant à redresser des manques, des défauts, des incapacités, etc., mais de façon positive, en prenant au sérieux leurs dires, leurs compétences et leur capacité à se conduire - y compris leur grande habileté dans l'art d'accommoder les mesures qui les prennent pour cible. A partir de ces façons qu'on a de cadrer soi-même, il est par exemple beaucoup mus facile d'interpréter les mille astuces que trouvent les gens ordinaires - nous tous compris - pour ne pas tenir compte de prescriptions apparemment très raisonnables (comme de moins tuer sur la route), pour composer avec elles selon les circonstances, voires pour les retourner en façons de se justifier (notamment du fait même d'être pris pour "cible").

Les résultats de cette enquête, en cours, sont comparés avec ceux de la pré-enquête qui avait été menée auprès de divers responsables professionnels de la sécurité routière (ministère, PR, policiers et gendarmes, services judiciaires, formateurs, publicitaires, assureurs, avocats, etc.), visant à dégager leurs façons de se représenter les conducteurs à risques.

Objectifs (Impacts attendus sur le système de déplacement)

Rencontre, par divers canaux (Gendarmerie et police, services de probation, hôpitaux, avocats, assurances, formateurs, etc.), avec des personnes ordinaires confrontées à divers degrés aux problèmes de l'alcool et de la route, représentant des cas très variés. Analyser, depuis leur propre façon de voir les choses, comment ils s'y prennent pour "faire avec" les mesures qui les visent, et plus généralement avec les conséquences de leurs actes (relations à leurs proches, à l'emploi, à la santé, etc.), cela aussi bien pour s'amender, contrôler et limiter les risques qu'ils prennent, que pour continuer à les prendre, en se donnant des raisons et des moyens plus ou moins stables ou occasionnels. L'idée est, en dessinant une image plus réaliste du conducteur ordinaire, de trouver une autre gamme de moyens pour mieux agir sur lui.

Financement - Ressources

Goupe opérationnel du PREDIT n° 3 "aide à la conduite et à l'éducation à la sécurité routière"

Résultats

Il faut souligner l'étonnante variété, l'inventivité, voire la grande humanité des auto-descriptions fournies par les interviewés, souvent confrontés à de graves difficultés, ou, pour d'autres comme les amateurs de grosses voitures ou de vitesse, très "armés" pour savoir défendre ce qui est aussi une passion, un savoir élaboré et un espace de liberté. L'analyse montre la richesse des registres mis en oeuvre, leurs combinatoires inattendues, et tout l'"équipement" (moral, social, psychologique, technique...) des personnes pour vivre comme elles peuvent avec elles-mêmes - trouver des moyens de "gérer" ce qu'on peut contrôler, certes, mais aussi supporter ce qu'on ne maîtrise guère et "faire avec" ce qui échappe plus radicalement à la volonté - accepter ses faiblesses, limiter leurs conséquences, se protéger contre soi, penser le futur...

Ce travail vise une typologie des façons qu'on a d'inscrire ce qu'on est et ce qu'on fait (en deçà ou au-delà d'un jugement moral sur le fait qu'on le juge acceptable ou non) dans une certaine cohérence, même plurielle, dans des états où beaucoup d'éléments de son propre comportement sont difficiles à penser, à accepter, sinon à assumer - mais c'est là une compétence essentielle, qui préserve des espaces de bonheur, même relatif, et limite le malheur.

Loin de déboucher sur un relativisme ou pis, sur un laxisme faussement libéral vis-à-vis des marges de "résistance à la raison" qu'opposeraient les gens ordinaires aux pressions de l'Etat et de la société, la grille d'interprétation pragmatique proposée permet d'envisager aussi l'action publique ou celle des associations militant pour la sécurité routière selon des perspectives et des moyens à la fois plus réalistes et plus responsables, parce qu'ils respecteraient mieux les façons d'agir et de se représenter qu'ont les gens visés.

Contacts

  • Nom/Titre : Antoine Hennion
  • Organisme : Centre de sociologie de l'Innovation, Ecole des Mines de Paris
  • Email : antoine.hennion@ensmp.fr

Document(s) disponible(s)

Fiche - 1019 ko