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Ethnographie des manières de conduire et des incidents routiers à la Guadeloupe

ETUDE

Etude des comportements liés à des prises de risques sur la chaussée, comme les courses, et de leurs circonstances. Evaluation de la valeur de ces comportements par les acteurs selon les contextes. Mise en parallèle avec d’autres moments de la vie sociale antillaise où l’on trouve des manières semblables de rivaliser, de se mesurer. Estimation par les gens de l’impact de l’alcool sur la conduite motorisée. Acceptation ou réfutation de la responsabilité lors des accidents de la route. Influence de la sorcellerie dans la causalité des accidents.

Année d'élaboration :

2006

Méthodologie

Je nomme incidents routiers non seulement les accidents, les infractions, mais tous les événements qui perturbent une façon ‘normale', sans histoire, de circuler. Je devais rencontrer des gens qui avaient au moins une histoire routière à raconter. En prison, je me suis entretenue avec :

1) des condamnés pour homicide involontaire avec des circonstances aggravantes (alcool, délit de fuite, absence du permis de conduire, de l'assurance),

2) des récidivistes de CEA, des récidivistes démunis de permis de conduire, d'assurance,

3) de jeunes délinquants pour connaître les prises de risques valorisées quand ils conduisent (souvent des deux roues). Il serait inexact de ne pas les considérer comme des représentants de leur classe d'âge en ce qui concerne la conduite.

J'ai eu des entretiens avec des personnes de mon réseau d'informateurs habituel. J'ai assisté à des procès pour des affaires liées à la circulation routière et à des séances d'alternative pénale et de composition pénale sur ce sujet. J'ai eu des entretiens enregistrés avec 34 hommes et 8 femmes et des conversations plus libres sur mon objet d'étude avec une dizaine de personnes. J'ai rencontré les gendarmes de la brigade motorisée et des concessionnaires d'automobiles.

Financement - Ressources

PREDIT n° 04 MT 5008 (Groupe Opérationnel n° 3)

Résultats

Les jeunes hommes doivent réaliser des exploits sur la route lors des courses faites avec leurs pairs. Les exploits et les prises de risques en conduisant leur permettent de bâtir leur « réputation », celle-ci est une valeur essentielle de la masculinité aux Antilles. Trois types de courses peuvent être distingués :

1) entre des personnes de connaissance,

2) des défis d'ordre technique,

3) des courses entre inconnus qui se mesurent, quel que soit l'âge, ou le sexe, du conducteur (elles illustrent au mieux ce qu'est un hybride, cf. B. Latour). Ces courses (du type 3) ne sont pas une réponse à une agression, elles se déroulent sur le registre de la complicité, elles sont propres à une société où les gens aiment à se mesurer et ne laissent pas échapper l'occasion de le faire. La crainte des conducteurs armés freine les expressions de la colère au volant et invite à se méfier de celles des autres. Les Guadeloupéens évoquent une forme culturelle du boire. L'accoutumance à l'alcool le rendrait moins dangereux, le taux d'alcool toléré en conduisant est jugé injustement bas. Les campagnes de la sécurité routière ne prennent pas en compte la manière de boire habituelle. Des événements fortuits ou inopinés qui surviennent avant un accident font penser que de la sorcellerie est la cause de ce malheur, à moins que ce dernier ne s'inscrivent dans une série de déconvenues déjà endurée par l'ensorcelé. Dans les autres cas, si la prise de risque est assumée, elle valorise l'acteur, la culpabilité à l'égard des morts, des blessés, est gommée. La cause de l'accident est renvoyée hors de soi (la fatigue due au travail, un virage etc), la valeur virile des prises de risques est conservée.

Contacts

  • Nom/Titre : Christiane BOUGEROL
  • Organisme : CERMES - Tel : 01.49.58.36.29
  • Email : cbouger@vjf.cnrs.fr
  • Contact ministère : Thérèse SPECTOR - METM / DRAST / MT - therese.spector@equipement.gouv.fr