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Extérieur Nuit

ETUDE

Détecter quels sont les vécus et les représentations de la nuit, auprès de jeunes habitants de 19 à 29 ans, sortants nocturnes pour leurs loisirs ou pour raisons professionnelles (Strasbourg et région parisienne). Comprendre le vécu des déplacements nocturnes, en fonction des motifs de sortie, des modes de transport utilisés ou privilégiés. Déceler la nature des freins et des motivations par rapport aux sorties nocturnes et les attentes de services nocturnes, y compris en termes de transports

Année d'élaboration :

2001

Méthodologie

Les personnes interrogées ont été recrutées à partir d'un questionnaire-filtre permettant de valider les critères retenus, dont la fréquence des sorties (au moins trois fois par semaine) et l'heure (en dehors de chez eux après 21h). Phase exploratoire : quatre réunions de groupe d'une durée de 3h30 chacune, dont : deux groupes d'hommes, deux groupes de femmes, sortant soit pour leurs loisirs soit pour raisons professionnelles. Cette première phase d'étude a permis de cerner les représentations de la nuit, les types de vécus de la nuit. Phase d'approfondissement : 40 entretiens ouverts d'une durée chacun de 1h30 environ, ont été menés auprès de 21 hommes et 19 femmes, dont 19 sortants pour leurs loisirs et de 21 sortants pour raisons professionnelles. Cette seconde phase a permis d'approfondir et de détailler les motivations et freins à sortir la nuit ainsi que les types de sorties et modes de déplacement. Entretiens et réunions de groupe ont été enregistrés, retranscrits et ont fait ensuite l'objet d'une analyse de contenu détaillée

Résultats

Les résultats de cette étude qualitative mettent en évidence l'attractivité de la nuit qui est définie comme un temps de liberté - hors des contraintes du jour - et qui s'avère, même pour les travailleurs nocturnes, être vécue comme un temps choisi. Se dégage de ces résultats une typologie de sortants nocturnes qui oppose d'une part, les ' Domicilophiles ' aux ' Domicilophobes ', en fonction de leur degré d'appropriation du foyer ou des espaces extérieurs. D'autre part, les ' Alternateurs ', qui sont dans un souci d'équilibre entre jour et nuit, s'opposent aux ' Sans jour ni nuit ', qui recherchent une continuité temporelle souvent au travers la pratique d'une activité créative, d'une passion. L'arrêt des transports collectifs nocturnes à minuit et demi est vécu comme une aberration face aux besoins de déplacements en continu des urbains, au regard de l'image des capitales européennes, et au regard d'une société identifiée par tous ces jeunes, comme étant ultra-mobile. Ce manque de transports nocturnes fournit à l'automobile un statut d'objet indispensable la nuit et renforce ainsi les inégalités sociales en termes d'accessibilité aux services de loisirs et de plaisirs. La notion de risque est spontanément abordée à propos des déplacements nocturnes. Les femmes ont plus de freins que les hommes à utiliser les transports collectifs en soirée ou la nuit, et sont perçues par tous comme plus exposées aux risques d'agressions. Seul l'usage du vélo dans la CUS pallie parfois cette inégalité sexuelle. La nuit véhicule des représentations et des émotions extrêmes. Elle a un effet de loupe sur les inégalités sociales. L'appropriation de la nuit par ces jeunes sortants, génère à Strasbourg, une demande de plus de lieux de vie nocturne, et, par souci d'équité sociale, une demande d'accessibilité pour tous, à ces lieux grâce à un service minimum de la CTS la nuit, avec la présence fortement appréciée des agents de médiation.

Contacts

  • Nom/Titre : Catherine ESPINASSE
  • Organisme : Psychosociologue
  • Adresse : 3 bis rue des Lyonnais 75005 Paris
  • Email : cat.espinasse@infonie.fr