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Genre, Risques, Education, Socialisation. GENRES

ETUDE

Problématique

Un certain nombre de travaux montre un différenciel entre les sexes déjà chez l’enfant sur l’évaluation et l’acceptation du risque. Des travaux complémentaires montrent comment le sexe de l’enfant influence les croyances, les attentes comportementales et les pratiques éducatives des parents sur la prise de risque chez l’enfant. Les travaux montrent également la place centrale de la conformité aux règles plus que leur connaissance comme facteur explicatif de l’accidentologie domestique de l’enfant. Mais ces travaux se sont centrés en grande partie sur les dangers domestiques et n’ont pas envisagé l’influence du sexe du parent sur les pratiques éducatives liées au risque, non plus que le croisement sexe du parent - sexe de l’enfant dans l’explication de ces pratiques. De plus, la socialisation différenciée est encore étudiées de façon déconnectée des comportements et des cognitions chez l’enfant : le lien est pour l’instant surtout supposé.

Le projet GENRES présenté ici se compose de deux parties distinctes et complémentaires. Les objectifs communs de ces deux parties de la recherche sont :

1. de cerner l’effet de l’environnement social sur le comportement du jeune (enfant ou adolescent) dans l’espace routier ;

2. de chercher à identifier comment le sexe du jeune entre en jeu (ou pas) dans le poids des influences de l’environnement social et leurs manifestations ;

3. d’identifier les facteurs qui permettent de faire lien entre le sexe et les comportements à risque.

Ces trois objectifs communs se déclinent en fonction des partenaires sociaux et de l’âge étudiés et des variables expliquant les différences de sexe dans les comportements à risque.

Pour résumer, les objectifs du projet GENRES sont à terme de mieux comprendre les différences de sexe observables dans l’accidentologie routière. Pour ce faire, nous nous proposons d’interroger :

- leurs constructions au travers du rapport au risque et à la règle qui s’instaure au cours de l’enfance scolaire en nous centrant sur l’influence de l’environnement familial au travers des pratiques éducatives parentales et des relations fraternelles ;

- leurs développements et leurs manifestations ultérieures à l’adolescence, période d’intense prise de risque, en nous focalisant sur l’effet différencié des groupes d’appartenance principaux de cette période d’âge : le milieu familial - au travers des pratiques éducatives et des relations de l’adolescent à ses parents - et le groupe de pairs, et en interrogeant certains traits de personnalité susceptibles d’expliquer en partie certaines prises de risque à l’adolescence.

Hormis les contributions de ce projet sur la mise en lumière des différentes influences sociales dans le développement des comportements à risque, les apports du projet GENRES se situent également sur une meilleure compréhension des facteurs sous-jacents aux comportements de prise de risque.

Année d'élaboration :

2006

Méthodologie

Les variables invoquées dans le projet GENRES (pratiques éducatives, relation parent - adolescent, construction du rapport au risque et personnalité) seront abordées au plan empirique par des outils pour la plupart déjà existant dans des versions anglo-saxonnes. Sur l'ensemble de la recherche, nous pourrons observer les individus à des âges intéressant à la fois la recherche sur le développement social, dans les phases d'acculturation et de peronnalisation, mais également le continuum éducatif en sécurité routière, à savoir : les deux premiers d'accidents piétons (7 et 11 ans) ; le début de l'accession aux deux-roues motorisés (14 ans), l'âge d'accès à la conduite accompagnée (16 ans).

Le projet GENRES est un projet en partenariat entre l'INRETS et deux laboratoires universitaires. Dans ce cadre,ce sont 10 recherches qui ont été menées et qui permettent de cerner le développement de l'influence de l'identité sexuée ur la perception durisque piéton sur des populations d'enfants, d'adolescents et d'adultes.

Objectifs (Impacts attendus sur le système de déplacement)

ourquoi les femmes ont-elles 3,7 fois moins de risques d’être tuées sur la route que les hommes et pourquoi leur comportement au volant est-il beaucoup plus sûr ? Pour répondre à ces questions, l’Inrets, l’Université de Paris X et le CNAM conduisent, dans le cadre des travaux sur le continuum éducatif, un projet de recherche inédit baptisé Genres, risques, éducation, socialisation. Celui-ci réunit sept études menées auprès d’enfants et d’adolescents. "Notre volonté est de comprendre les différences de sexe en matière de sécurité routière au travers la compréhension des pratiques éducatives des parents et de l’influence des pairs (camarades de classe, fratries…), confie Marie-Axelle Granié, chargée de recherche au Laboratoire de psychologie de la conduite de l’Inrets et responsable de ce projet. Nous partons de l’hypothèse que ces partenaires sont eux-mêmes influencés par le sexe de l’enfant, ce qui les conduit à avoir des attentes différentes vis-à-vis de celui-ci." Si l’ensemble des données n’a pas encore été recueilli, des premiers résultats confortent l’hypothèse initiale. "Il apparaît bien que les différences observées entre les filles et les garçons, en matière de rapport au risque et à la règle, ne sont pas liées au sexe lui-même, mais à l’adhésion de l’enfant aux stéréotypes de sexe que lui renvoient ses parents ou ses camarades, conclut Marie-Axelle Granié. En d’autres termes, ces différences, qui se traduiront plus tard par un comportement routier différent, se créent au niveau social. Elles ne sont pas innées, mais acquises." Ce qui laisse d’autant plus de possibilités d’agir demain sur les pratiques éducatives.

Financement - Ressources

Groupe opérationnel du PREDIT N° 3 'aide à la conduite et à l'éducation à la sécurité routière"

Résultats

Les résultats montrent l'importance de l'adhésion aux stéréotypes de sexe comme prédicteur des prises de risque, de la petite enfance jusqu'à l'âge adulte. Les comportements de prises de risque sont ainsi plus nombreux lorsque l'individu se reconnaît fortement dans les stéréotypes masculins. Ainsi, ce facteur est assez prégnant pour annuler les différences de sexe lorsqu'il est contrôlé.

De plus, l'identité sexuée influence aussi indirectement la prise de risque par l'intermédiaire d'un certain nombre d'autres varibles. La conformité et la justification par le bien-être d'autrui de la conformité à la règle sont plus importantes chez les individus féminins, ces deux facteurs inhibant la prise de risque. La recherche de sensations, plus importante chez les garçons, confirme son rôle dans la prise de risque tandis que l'anxiété face aux dangers physiques, plus importante chez les filles, se révèle être un bon prédicteur des comportements à risques, aussi bien en tant que piéton que deux-roues. Par aillleurs, les résultats de ce projet confirment les relations développées au plan théorique entre l'attachement, la recherche de sensation, l'alexithymie et la régulation de soi.

Par ailleurs, la recherche GENRES montre l'effet du contrôle parental des filles et de la tolérence face au risque des garçons de 3-6 ans sur les comportements à risque accidentel, cette socialisation différenciée en fonction du sexe étant basée sur les croyances parentales sur la construction du rapport au risque.

L'influence de l'environnement social a été étudiée dans le projet GENRES sous l'angle de l'effet de la famille, en termes de relations affectives et de pratiques éducatives, sur le comportement à risque accidentel chez l'enfant et l'adolescent. Les résultats montrent l'importance des croyances et du contrôle parental sur les comportements à risque accidentel chez l'enfant préscolaire. Ils soulignent également l'effet du frère aîné, proche et tuteur de son cadet, sur les perceptions du risque de ce dernier. Ils montrent enfin l'effet de l'attachement confiant comme inhibiteur de la prise de risque à l'adolescence.

Ainsi, face au différenciel des sexes dans l'accidentologie, la réponse en termes de recommandations peut être double, voire contradictoire : amener le milieu familial à une éducation moins différenciée - ce qui suppose de sensibiliser les parents à leur rôle prépondérant dans l'éducation au risque - , et mettre en place une éducation institutionnelle différenciée en fonction de sexe - pour amenuiser les différences déjà construites -.

Pour conclure, les résultats et les préconisations du projet GENRES permettent de poser un exemple concret de questionnement éducatif sur le niveau le plus élevé de la matrice GDE, tout au long du continuum éducatif. Ils permettent en outre de montrer comment un questionnement sur un problème tangible de l'éducation routière amène à soulever un problème de société, celui des rapports sociaux de sexe.

Contacts

  • Nom/Titre : Marie-Axelle Granié
  • Organisme : INRETS LPC
  • Email : marie-axelle.granie@inrets.fr

Informations complémentaires

Autres :

Equipe

Jean-Pascal Assailly (INRETS LPC), Géraldine Espiau (DES, Paris 10), Pascal Mallet (DES, Paris 10), Emmanuelle Vignoli (INETOP/CNAM)