Certu

Club Innovations Transports des Collectivités

Accueil > Transport et aménagement > Formes urbaines

> Recherche détaillée

L’accessibilité aux ressources de la ville dans les franges périurbaines d’Ile-de-France

ETUDE

L’étalement et la fragmentation géographiques des agglomérations doivent tout à l’augmentation généralisée de la vitesse des déplacements. Cette transformation technique radicale des conditions de la mobilité quotidienne a autorisé l’épanouissement d’un vaste mouvement social d’accession à la propriété privée et à la maison individuelle. Par hypothèse, la dynamique urbaine à la fois sociale et spatiale qui en est l’expression fait des inégalités d’accès à la vitesse un discriminant social tout aussi important que l’accès au sol, discriminant historique des sociétés urbaines.

La présente recherche a eu pour objectif la vérification de cette hypothèse. Plus précisément, elle s’est attachée à rechercher, sous des angles divers, comment la longueur, la vitesse et la durée des déplacements pouvaient distinguer des groupes sociaux ou des territoires définis selon leur position géographique par rapport aux ressources de la ville et selon leur composition sociale. Ce faisant, elle a également testé l’efficacité des réseaux rapides, routiers et ferroviaires, dans la mesure où ces derniers ont résulté de politiques publiques dont la finalité fut et demeure la neutralisation de trop grandes inégalités d’accessibilité aux pôles qui structurent la nappe urbanisée.

Année d'élaboration :

2003

Méthodologie

Les données des recensements de population de l'INSEE ont fourni le contenu démographique et social de la couronne périurbaine d'Ile-de-France. Les longueurs des navettes domicile-travail ont été calculées à vol d'oiseau. Les durées ont été déduites des données des enquêtes globales de transport menées par la DREIF (dans le cadre d'échanges avec l'INRETS). Les réseaux ont été reconstitués à partir des données de la base fournie par Michelin. Un SIG a permis d'effectuer l'ensemble des requêtes.

Résultats

D'une façon globale, la longueur moyenne des navettes domicile-travail quotidiennes en Ile-de-France a connu l'évolution suivante : 7,4 km en 1975, 8,4 en 1982, 9,4 en 1990 et 10,9 km en 1999. La navette moyenne des actifs demeurant entre 10 et 20 km de Paris est (grossièrement) inférieure de moitié à celle des actifs qui résident entre 40 et 50 km (elle atteint 17 km en 1990). Mais le statut d'occupation du logement constitue un facteur très puisant de différenciation, lui-même profondément accentué dans la couronne périurbaine : entre 40 et 50 km de Paris, la navette moyenne des propriétaires d'une maison individuelle s'élève à 23,5 km, celle des locataires à 12 km. La durée moyenne des navettes atténue fortement ces écarts, dans la mesure où les vitesses de déplacement sont plus élevées dans le périurbain, et ont eu tendance à augmenter au cours des dernières décennies. Quand le rapport entre les navettes des actifs résidant au centre et celles des actifs résidant en grande couronne s'étend de 1 à 3 pour leur longueur, il ne s'étend que de 1 à 1,5 pour leur durée. Mais socialement, compte tenu de la longueur réelle des navettes et de la localisation de la résidence des actifs, la vitesse moyenne de déplacement pour aller travailler ne permet pas, à cette échelle d'analyse, de faire de discrimination entre les catégories sociales. Enfin, l'accessibilité au réseaux rapides, routiers et ferroviaires, ne constitue pas non plus un discriminant social. La composition sociale des corridors dessinés par les autoroutes et les voies rapides ne se distingue pas de celle des zones intersticielles, que l'on ne peut donc pas considérer comme des enclaves sociales. Ainsi, il apparaît, à l'échelle de la couronne francilienne dans son ensemble, que les réseaux ont joué le rôle d'atténuateur des effets de la distance, c'est-à-dire de la ségrégation par le prix d'accès au foncier, ce dernier demeurant bien le principal discriminant social urbain.

Contacts

  • Nom/Titre : Francis BEAUCIRE - Martine BERGER - Thierry SAINT-GERAND