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La construction des catégories de l’inégalité et les modalités de l’action publique : réflexion à partir de l’expérience américaine

ETUDE

Cette recherche repose sur l’hypothèse implicite que le rapport entre les inégalités et les déplacements ne peut se limiter à la simple reconnaissance des inégalités liées à des facteurs socio-économiques et qu’il exige de prendre en compte celles relevant de différenciations spatiales. Elle se donne pour objectif de contribuer au débat sur la modernisation du transport en commun en tant que service public à partir d’une réflexion centrée sur l’inégal accès au marché du travail et sur une comparaison entre deux expériences de ’ transport à la demande ’ La thématique de l’inégal accès au marché du travail du fait de son appartenance à deux registres, la question sociale et la mobilité urbaine, présente l’avantage d’aborder sous un angle nouveau la question des déplacements.

Année d'élaboration :

2003

Méthodologie

La démarche comparative (France/Etats-Unis) retenue autorise une certaine distanciation par rapport à l'objet étudié. La recherche s'est déroulée en trois étapes. Les deux premières incluent chacune un travail de terrain (Wisconsin et Ile de France) et d'analyse de mise en œuvre de politiques publiques ayant offert un transport à la demande. La conclusion explicite les conditions d'un renouveau du transport en commun en tant que service public. Plutôt que de décliner à l'infini la thématique des inégalités spatiales liées à l'accessibilité au marché du travail, l'analyse a pris pour objet la réforme de l'aide sociale aux Etats-Unis. Celle-ci avait pour ambition de réduire la dépendance morale des bénéficiaires de l'aide sociale vis-à-vis de l'Etat, en leur facilitant l'accès au marché du travail, au travers d'une formation professionnelle, de la prise en charge d'enfants non encore scolarisés et de la mise à disposition de moyens de transports adéquats. Aux Etats-Unis, une grande majorité des bénéficiaires de l'aide sociale ne dispose pas de voiture, un moyen de transport pourtant devenu indispensable, compte tenu de l'étalement urbain et de la localisation des emplois et des entreprises. Dans le Wisconsin, le taux de motorisation des bénéficiaires de l'aide sociale est de 3,3 %, ce qui explique l'importance du volet transport, soit l'expérience ' Job Ride ', expérience de ' transport à la demande ', dans la mise en œuvre du programme W-2. Le travail d'enquêtes et d'entretiens mené dans les comtés de Dane et Milwaukee (Wisconsin) a été précédé d'un repérage bibliographique afin de cerner certaines prémices de la réforme de l'aide sociale. La métaphore du ' spatial mismatch 'des sociologues exprime la distorsion spatiale entre les zones d'emplois et les quartiers où résident les bénéficiaires de l'aide sociale. Aux USA, celle du ' reverse commuting ' inventée par les experts des transports désigne la structuration spatiale des flux de déplacements qui se caractérise par les trajets vers la périphérie pour aller travailler et le retour vers les logements au centre, à l'issue de l'activité. Ensemble, ces deux métaphores ont permis de déceler les mutations de la demande dans la sphère des transports et d'expliquer l'isolement social et spatial d'une certaine catégorie de population. La deuxième étape a également inclus deux volets. Un travail de terrain dans notre contexte a été suivi d'une analyse et d'une interprétation des résultats de l'enquête à partir d'une mise en perspective avec l'expérience Job Ride de la réforme de l'aide sociale aux Etats-Unis. L'enquête auprès des gestionnaires d'Allobus Roissy a été menée par Thomas Kirsbaum, chercheur ayant travaillé sur la politique de la ville et le service public. Allobus Roissy se présente comme une expérience innovante du transport à la demande initiée au printemps 1998 afin de permettre aux habitants des communes voisines de se rendre à Roissy pour y travailler. Ce service fut lancé à l'initiative des Courriers de l'Ile de France (groupe VIA-GTI, sous contrôle de la SNCF) et résulte d'un partenariat signé avec la commune de Tremblay en France et le Conseil général du Val d'Oise. Il a d'ailleurs été désigné lauréat de l'appel à projets ' Transports publics et intégration urbaine ' lancé par la DIV (délégation interministérielle à la Ville), la DTT (Direction des Transports Terrestres) et le STP (Syndicat des Transports Parisiens) et bénéficie de financements en provenance de la Politique de la ville.

Résultats

La mise en perspective des deux situations nationales n'a pas pris l'envergure d'une comparaison systématique, ce qui aurait en toute logique conduit à une comparaison entre la réforme de l'aide sociale aux Etats-Unis et la politique de la ville mais s'est limitée à deux expériences liées au volet transport. Comparer le Job Ride et Allobus Roissy a ainsi permis de déduire les cinq remarques suivantes : 1 - La métaphore de ' spatial mismatch ' n'est pas validée par la recherche menée en France. Il serait possible de définir ' spatial mismatch ' par décalage spatial entre la localisation des emplois peu qualifiés et les quartiers où vivent les personnes susceptibles d'y avoir accès. Par contre celle de ' reverse commuting ' (déplacements du centre vers la périphérie) est confirmée par nos experts des transports. 1 - La probabilité d'une discrimination sociale (ethnique ? géographique ? les deux) à l'embauche dans notre contexte, y compris pour les emplois peu qualifiés, rend en fait la variable transports moins pertinente qu'elle ne paraît. 2 - La thématique de la réduction de l'inégal accès au marché du travail aux Etats-Unis est perçue comme un moyen de modernisation du transport en commun en tant que service public. Mais compte tenu de la répartition extrêmement diffuse des emplois sur le territoire de l'agglomération, certains experts ( ?) estiment que la modernisation du transport en commun en tant que service public exige aussi la réinvention d'une planification spatiale à l'initiative d'un pouvoir métropolitain afin de guider la localisation des entreprises. 3 - La société américaine continue d'établir la relation entre ' sphère du travail ' et ' lien social ', comme le souligne la réforme de l'aide sociale. En France, le droit à la mobilité n'est pas ciblée sur l'objectif emploi mais participe du ' droit à la ville ', une notion vague en quête d'un contenu. 4 - La mise en perspective des deux expériences a exprimé dans un premier temps quelques doutes sur les capacités de renouvellement du service public transport à partir du Job Ride perçu plus comme une simple réponse pragmatique face à la non-motorisation des anciens bénéficiaires de l'aide sociale qu'il faut faire sortir de la dépendance. Dans notre contexte, l'expérience d'Allobus Roissy véhicule une image forte de la modernisation du service public en raison du prestigieux encadrement institutionnel dont il fait l'objet, sans oublier la présence d'acteurs traditionnels du transport en commun. La comparaison des deux pays pose la question majeure de la modernisation du transport en commun en tant que service public, celle concernant l'entrée de nouveaux acteurs. Ces deux étapes de la recherche menée aux Etats-Unis et en France ont permis d'identifier les signes d'une mutation dans la demande de transports en commun. La conclusion s'interroge sur le sens à donner au transport à la demande en tant que facteur de la modernisation du transport en commun. - Elle conforte l'hypothèse d'une reconfiguration de l'offre de transports en commun face à la reconnaissance d'un double objectif relevant de l'intérêt général : - permettre l'accès à l'emploi (ou encore à la ville) de personnes non-motorisés et - offrir aux automobilistes l'alternative de déplacements en transports en commun afin de diminuer la saturation des réseaux routiers et autoroutiers et réduire la pollution de l'air. - Elle suggère, à partir de l'expérience du ' Job Ride ', l'entrée de nouveaux acteurs dans l'offre de transports en commun (associations ou régies de quartiers), sous réserve qu'un certain nombre de droits et devoirs leur soient reconnus par le législateur. - Elle souligne la contribution des sciences sociales à la dynamique de la construction d'une représentation autre de la demande de transports en commun grâce à l'invention des métaphores de ' spatial mismatch ' et ' reverse commuting '. Toutefois cette contribution ne devrait pas se limiter à la prise de conscience de l'émergence d'une demande segmentée dans la sphère du transport en commun mais propose d'inclure les questions d'équité des territoires et des individus dans la répartition des financements publics entre les différentes offres de transports en commun.

Contacts

  • Nom/Titre : Cynthia GHORRA-GOBIN - Thomas KIRSZBAUM -
  • Organisme : IMPLEMENTATION
  • Email : implementation@compuserve.com

Document(s) disponible(s)

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