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La pauvreté entre assignation territoriale et dépendance automobile Comparaison France/Royaume-Uni

ETUDE

Des études économiques révèlent que les ménages pauvres du Royaume-Uni consentent pour l’automobile un effort financier plus grand que les ménages pauvres en France. Il semble donc que, malgré la comparabilité globale des deux pays, la dépendance automobile soit plus forte Outre-manche qu’en France. La moindre dépendance automobile en France est-elle imputable à des politiques publiques plus systématiquement favorables au transport collectif, au logement social, à un urbanisme ’vertical’, au traitement social du chômage ?

Année d'élaboration :

2003

Méthodologie

La recherche menée pour répondre à ces questions a comporté deux parties. Un cadrage statistique a permis de fournir des éléments de comparaison macroscopique sur les populations pauvres (définies par leur revenu) en France et au Royaume-Uni, ainsi que sur les différences en matière de logement et de transport dans les deux pays. Ensuite, à l'aide d'enquêtes par entretiens dans des sites appariés (deux en région parisienne, deux en région londonienne), on a pu approfondir de manière différentielle les processus de dépendance automobile et d'assignation territoriale.

Résultats

L'analyse statistique, si elle fournit des éléments d'analyse, ne suffit pas à expliquer les différences entre les deux pays. Le cadrage statistique fait ressortir les points suivants : 1 - La région urbaine de Londres est plus vaste que celle de Paris et, sauf dans la zone hypercentrale, davantage urbanisée (plus dense, avec un réseau de transports collectifs plus important et des fréquences de desserte plus élevées) , en contrepartie, le réseau autoroutier de la région parisienne est plus développé , mais ces différences dans l'organisation de l'espace et du système de transports n'entraînent pas de différences majeures en termes de choix modaux des habitants de ces régions (partage modal très proche dans les deux régions). 2 - La proportion de ménages pauvres dans les deux pays est comparable (du moins si l'on retient la définition relative de la pauvreté adoptée dans les études européennes (les ménages pauvres sont les ménages dont le revenu pondéré en fonction des unités de consommation est inférieur à une fraction du revenu médian national). De plus, si l'on raisonne en termes de parités de pouvoirs d'achat, la situation des ménages pauvres dans les deux pays est comparable, car les seuils de pauvreté correspondent à des pouvoirs d'achat presqu'identiques. 3 - Mais des différences importantes doivent être notées entre les populations pauvres des deux pays. D'abord, le phénomène de pauvreté est surreprésenté en Grande-Bretagne dans les zones urbaines (la proportion de pauvres urbains dans la population pauvre totale est supérieure à la proportion d'urbains dans la population générale), alors qu'en France, la situation est symétrique (il y a, en proportion, davantage de pauvres en zones rurales). Cependant, la situation française évolue dans le sens britannique. Cette 'urbanisation' du phénomène de pauvreté en France doit-elle conduire à relativiser les analyses concluant à l'existence d'un processus de précarisation lié à la périurbanisation des ménages pauvres ? On doit en tout cas noter deux points importants. D'une part, périurbanisation ne signifie pas nécessairement isolement spatial (Cf. dans cette recherche le cas des ménages résidant à Chaumont en Vexin, ménages incontestablement périurbains mais groupés autour d'un certain nombre de ressources urbaines de base). D'autre part, dans le cas français, la périurbanisation d'un ménage pauvre semble surtout associée au processus d'accession à la propriété, processus qui ne concerne encore qu'une petite minorité des ménages les plus pauvres (compte tenu du poids du secteur du logement social, beaucoup plus important qu'en Grande-Bretagne). Il est vrai que cette minorité est susceptible de s'agrandir si l'Etat persiste durablement dans sa politique d'aide à l'accession pour les ménages modestes. Symétriquement, une proportion significative des ménages britanniques les plus pauvres est accédante, mais le lien entre accession à la propriété et périurbanisation apparaît moins net outre-Manche. 4 - Certaines caractéristiques socio-démographiques des ménages pauvres sont également très différentes d'un pays à l'autre. Ainsi, les familles britanniques (et donc les enfants britanniques) sont beaucoup plus exposées à la pauvreté que leurs homologues françaises. On notera que, dans les deux pays, les familles mono-parentales sont particulièrement exposées. Il en va de même, quoiqu'à un moindre degré, de leurs caractéristiques socio-économiques. Ainsi, la proportion parmi les ménages pauvres de ménages de chômeurs est beaucoup plus faible en Grande-Bretagne qu'en France , la situation est inverse pour le groupe des 'autres inactifs'. 5 - Dans les deux pays, la part des working poor (membres des ménages pauvres comprenant un ou plusieurs actifs ayant un emploi) dans l'ensemble des ménages pauvres est croissante. Contrairement à une idée répandue, le poids de ce groupe au sein des ménages pauvres semble comparable dans les deux pays. En termes prospectifs, il convient donc d'accorder une attention particulière à la situation des ménages de working poor. L'importance des réseaux familiaux, les politiques de planification, des politiques locales sont au cœur des différences constatées La recherche (cadrage statistique et enquête qualitative) confirme le diagnostic initial de la recherche : il y a bien deux modèles opposés de la dépendance automobile et de l'assignation territoriale. Au Royaume-Uni, la pauvreté n'empêche pas l'adhésion au modèle de la dépendance automobile, fut-ce au prix d'un effort économique important de la part des ménages. En France, le modèle d'assignation territoriale reste encore dominant pour les pauvres. Il faut bien entendu préciser que ces deux modèles n'impliquent pas que les pauvres d'un pays soient 'captifs' d'un seul mode de transport. L'explication de la différence Royaume-Uni/France relève dans une large mesure des facteurs que nous avions invoqués au départ de la recherche : répartition spatiale des logements, emplois et services, disponibilité du transport collectif, espace de mobilité des pauvres. Toutefois, l'enquête qualitative a mis en évidence d'autres facteurs explicatifs, et notamment l'importance des réseaux familiaux, plus grande en France qu'au Royaume-Uni. Enfin les politiques de planification urbaine paraissent déterminantes. Au Royaume-Uni, un faible degré de planification urbaine visant à organiser localement la vie des populations défavorisées, plus une politique de transport public lâche et dérégulée semblent avoir depuis longtemps favorisé une idéologie plus individualiste qu'en France, idéologie dans laquelle la voiture devient une sorte d'assurance tout-risque contre les aléas socio-économiques et des engagements publics peu fiables. Ce contexte favorise indéniablement le rattachement des populations pauvres au modèle dominant de la dépendance automobile. A cette image s'oppose, en France, un fort degré de planification, une politique visant à organiser la vie des pauvres sur une base locale, assortie de mesures favorables au transport en commun. Dans ce cadre général peuvent se développer parallèlement à l'action publique des initiatives privées qui visent à pallier les carences les plus criantes dans la situation des ménages pauvres. Il résulte de ce contexte la possibilité pour ces ménages de se maintenir dans une situation caractérisée par le modèle d'assignation territoriale.

Contacts

  • Nom/Titre : Gabriel DUPUY - Sylvie FOL - Olivier COUTARD - Julie FROUD - Karel WILLIAMS

Document(s) disponible(s)

252-RPUCA6.pdf - 1 octets