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Le volant et la norme

ETUDE

Problématique

Il est arrivé à chacun de nous de stationner sous un panneau d’interdiction, de rouler un peu plus vite que la vitesse autorisée, d’omettre de boucler sa ceinture, de faire usage de so portable (brièvement) pour de "bonnes raisons". Pour autant, chaque conducteur serait-il un "délinquant" ? Le non respect du Code de la route étant mis en avant par les pouvoirs publics comme cause essentielle des accidents de la route, la présente recherche vise à mettre en évidence non seulement les modalités du respect (et du non respect) des règles du Code de la route et des attitudes à son égard mais aussi les interprétations et les représentations pratiques des normes sociales de conduite. En effet, la nature normative du cadre d’action des politiques publiques de sécurité nécessite de comprendre les pratiques de l’appropriation des normes et la façon dont se construisent les comportements en situation de conduite automobile. La problématique invite à s’interroger sur les propriétés cognitives et pratiques du Code de la route comme instrument d’appropriation des normes et de production de comportements, en situation, par les conducteurs.

 

Année d'élaboration :

2006

Méthodologie

Nous avons souhaité éviter tant les catégories ou les situations spécifiques que la rationalisation ex post des propos par distanciation d'avec l'évènement. Nous avons donc choisi d'étudier la population qui ne refuse pas a priori toute norme collective : celle des conducteurs ordinaires.

Le premier volet de la recherche (entretiens semi-directifs auprès de 154 conducteurs ordinaires titulaires d'un permis valide, sur échantillon raisonné relevant d'une méthode proportionnelle) fait appel à des constats observés par les conducteurs et à leurs sentiments en matière de conduite automobile, de pertinence des règles et des politiques de sécurité routière.

Le second volet, celui des "trajets commentés" (sous échantillon de 40 automobilistes), amène les conducteurs observés à formuler des constats en situation, au moment où l'évènement se produit. Ces conditions de quasi-laboratoire permettent de comprendre comment le conducteur analyse une situation donnée, même éphèmère, et élabore le processus de réaction.

Trois terrains ont été choisis : en Aquitaine rural, en périurbain des environs de Lille et Paris et la région parisienne. 

Financement - Ressources

Groupe opérationnel n° 3 du PREDIT "aide à la conduite et l'éducation à la sécurité routière" RMT07-005

Résultats

L'idée de prise de risque des travaux conventionnels de sécurité routière mérite d'être réinterrogée car le modèle sous-jacent masque l'élaboration des processus de décision et d'action au volant, ce que permet, à l'inverse, l'approche par la théorisation des situations. Ainsi, il n'y a pas un profil indifférencié de conducteur ordinaire mais au moins six profils type parmi lesquels celui du situationnel - qui privilégie la situation à la règle - est central.

Conduire, c'est décider et agir dans l'urgence. Les conducteurs agissent et réagissent aux actions des autres usagers de l'espace public partagé, aux injonctions du paysage routier et de la signalisation. Ainsi, une situation de conduite peut être considérée comme un système d'action locale éphémère ; un trajet sera composé d'une succession de tels systèmes. La conduite automobile s'avère relever davantage de la conformité aux conditions de circulation que de la conformité stricte aux règles du Code, celui-ci n'étant généralement pas remis en cause par les conducteurs. En revanche, la traduction locale du Code, faite d'injonctions spécifiques, est au coeur de la problématique. En effet, ces injonctions ne font pas toujours sens, laissant les automobilistes dans l'incertitude et/ou l'ambiguïté.

Conduire est un art pratique et nul n'est à l'abri d'une erreur (d'interprétation de la situation ou de manoeuvre appropriée) ou d'une inattention. Fatigue et stress perturbent la qualité de la conduite. En outre, dans une société hyperactive, ne rien faire est stressant... Faire quelque chose, ne pas attendre dans l'inaction d'une part, respecter et être respecté des autres, d'autre part, est "la norme" des volants ordinaires.

L'analyse des trajets commentés révèle l'importance des émotions dans la conduite. La logique à l'oeuvre n'est pas celle de  la prise de risque ou du plaisir de transgresser. Certes, l'indignation contre ce qui est injuste déclenche des stimuli utiles à défendre les valeurs morales, c'est-à-dire une saine colère, socialement acceptable. Les émotions, singulièrement la colère qui va de pair avec l'impatience, peuvent se traduire par des actions impulsives, irréfléchies et avoir ainsi des effets négatifs car non contrôlés par la raison. L'impatience ou l'énervement, qui émergent notamment dans des contextes d'incertitude, poussent à agir avec moins de prudence et entraînent, par dérapage, des infractions. En outre, le conducteur n'étant pas seul sur la route, une relation de pouvoir entre automobilistes s'instaure parfois : l'un influence l'autre et l'amène à agir de façon différente de ce qu'il souhaitait faire, à agir à l'encontre de ses préférences, ce qui déclenche chez lui frustration et colère. Ces résultats éclairent d'un nouveau jour les questions de vitesse et de distances de sécurité, notamment.

 

Contacts

  • Nom/Titre : Sylvie Lidgi
  • Organisme : Corrélation et laboratoire TMU (Théorie des mutations urbaines)
  • Email : contact@correlation-conseil.com

Informations complémentaires

Autres :

Equipe

Alain Bourdin, IFU (Institut Français d'Urbanisme) ; Aurélie Guitonni et Jenny Pereira; DESS d'urbanisme et aménagement.