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Mobilité loisir-tourisme - exclusions et inégalités

ETUDE

Année d'élaboration :

2003

Résultats

Ce bilan résulte de l'exploitation de plusieurs enquêtes sous l'angle des loisirs et du tourisme : l'enquête Transports INSEE-INRETS 1993-94, le S.D.T. (suivi des Déplacements Touristiques) , 1999-2000 : l'enquête Emploi du Temps INSEE 1999 et les enquêtes ménages réalisées en Ile de France et à Lille. L'urbanisation, la motorisation des ménages et la diminution du temps de travail ont marqué l'évolution des pratiques de loisirs et de tourisme des Français. Elles assurent une fonction de distinction sociale plus marquée et produisent de nouvelles normes collectives, comme les week-ends et les vacances et les grands événements qui en rythmant le temps social deviennent un grand marqueur temporel de notre époque. L'usage des temps hors travail et les localisations résidentielles sont à l'origine du renouvellement des liens sociaux (amicaux, familiaux), et de la création d'autres types de communautés (culturelles, sportives), qui contribuent à la transformation des espaces urbains et périurbains (centres commerciaux -loisirs, parcs d'attraction). Les nombreux hôtels et restaurants qui ont vu le jour en banlieue et/ou le long des axes routiers sont rarement isolés, ils entrent dans un programme plus vaste et plus structuré d'aménagement de nouvelles zones urbaines, génèrent de nouvelles polarités sociales, et développent une offre de loisirs populaire et de proximité. Les ' anciens ' centres commerciaux construits en périphérie, s'enrichissent d'offres diversifiées allant de la restauration, de l'hôtellerie, aux multiplexes. Ces activités constituent de nouveaux ' centre villes ' et activent de nouvelles demandes qui s'articulent sur le temps quotidien et ménagent aux citadins des espaces - temps de loisirs emboîtés . Les pôles d'attraction que sont les lieux de loisirs en général, le sport et la culture en particulier, les achats, les vacances, les réseaux sociaux, les lieux de rencontre se sont multipliés et ne sont plus fixes ni dans le temps, ni dans l'espace. Parallèlement, l'offre de loisir s'est tellement développée depuis 20 ans que nous sommes passés d'un ' manque de produit ' à un ' manque de client '. Les nouvelles localisations des équipements de loisirs ont de toute évidence induit une croissance et de nouvelles formes de mobilité. Mais les Français ne sont pas tous égaux devant l'offre de loisirs. La zone d'habitation est particulièrement discriminante : les résidents des centre villes bénéficient d'un grand nombre d'infrastructures sportives et culturelles tels que les centres sportifs, les salles de gymnastique et de concerts, d'opéras, de théâtres, les musées, les multiplexes... alors que les résidants des grandes banlieues s'en trouvent plus ou moins privés. L'évolution de l'usage des temps libres a pour conséquence sur la mobilité : un fort accroissement de la mobilité, une plus grande complexité des déplacements soumis à des aléas temporels choisis ou subis, des motifs de déplacement qui se diversifient et se segmentent dans l'espace et dans le temps, des modèles de mobilité qui se transforment sous la pression conjuguée de l'organisation du temps de travail et du processus d'individualisation qui affecte toutes les sphères de la vie publique et privée. Les activités de loisir et de tourisme ne sont plus réservées aux seuls week-ends ou aux vacances, mais sont pratiquées toute la semaine. Les loisirs hebdomadaires se réalisent maintenant dans des espaces beaucoup plus étendus, surtout pendant la semaine ordinaire, hors agglomération, voire hors région. Ces activités se développent à travers des réseaux sociaux élargis et très nettement renforcés et une plus grande intensité culturelle. Les pratiques de sortie ont évolué vers le convivial, le relationnel, le festif et non plus vers le nécessaire et le matériel. Mais tout le monde ne participe pas à cette mobilité de loisir. Les exclus de la mobilité de loisir et de tourisme Un quart des Français est exclu de la mobilité de loisir. En revanche, seulement 15% des Français réalisent plus de la moitié des déplacements de loisirs pendant la semaine. De même, les Français, véritables exclus de la mobilité de tourisme, ceux qui ne partent jamais, seraient environ 17%. et, là aussi, la moitié des séjours est réalisée par un petit 15% de la population française. L'accès à des loisirs dépend de l'âge, de la santé, du revenu, du niveau d'étude, de l'éloignement à la ville centre : les personnes âgées, les ménages de faibles revenus, les personnes de bas niveaux d'étude, les personnes n'ayant pas ou plus d'activité professionnelle, les habitants des cités et les ruraux. Le profil moyen de ces Français peut être décrit comme : une personne seule, âgée de plus de 65 ans (53%), un ancien agriculteur, artisan, employé ou ouvrier (47%), appartenant à un ménage de faibles revenus (43%), un non diplômé (39%), un rural (37%), une personne ayant un handicap pour se déplacer (62%), un habitant des ' grands ensembles ' (32%) et enfin une personne qui en tout état de cause ne se déplace pas pour d'autre motif au cours de la semaine. Les pré-adolescents (9-13ans) frappés par l'exclusion des vacances et des loisirs constituent un phénomène nouveau et préoccupant si on considère que cet age est favorable aux apprentissages culturels, à la découverte de l'autre et à la socialisation, rôle traditionnellement attribué aux loisirs. Des pratiques très inégalitaires de loisir hors domicile.... Si un quart des Français n'a aucune activité de loisir hors domicile, 20% en n'en ont quasiment pas puisqu'ils ne pratiquent qu'une seule activité de loisir hebdomadaire hors de chez eux. C'est aussi dire l'importance des activités de loisirs à domicile, du temps passé devant la TV, de la lecture, du bricolage ou bien encore, du jardinage.... mais aussi des taches ménagères pour les femmes, même si les disparités des temps professionnels et domestique avec les hommes s'atténuent . La fréquence des loisirs varie considérablement avec la catégorie sociale, le niveau culturel, l'âge et la taille de l'agglomération. Les observations sur la mobilité de loisirs et de tourisme montrent une forte mobilité des personnes diplômées et des ménages aux revenus les plus élevés, relevant des catégories socio-professionnelles privilégiées (cadres et professions libérales). Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, l'activité professionnelle favorise la pratique et l'intensité d'activités de loisirs hors domicile. Et, l'espace de loisir des actifs est nettement plus étendu que celui des inactifs (19 km contre 11 km). On notera aussi une participation active : - des hommes plus que les femmes sur des territoires plus étendus , - des jeunes et des étudiants mais dans un espace peu étendu , - des résidents des grandes agglomérations excepté celle de Paris , - des résidents de la ville-centre , des résidents des zones pavillonnaires plus que des résidents des grands ensembles. ... et des pratiques différentes liées à l'intensité L'intensité, avec laquelle les loisirs hors domicile sont pratiqués, distingue plus les Français que le type d'activité lui-même : tous les Français, qui ne sont pas exclus de la mobilité de loisir, rencontrent leur famille au minimum une fois par semaine en dehors de leur domicile, et, le cas échéant ce sera leur unique loisir hors domicile. Au deuxième niveau d'intensité de pratique, on trouvera la promenade et les relations amicales. Au troisième niveau, pour les plus favorisés une dispersion et/ou un zapping entre le sport, les plaisirs de la table, la culture..... A partir de 140 000 F environ de revenu annuel du ménage, les sorties culturelles et au restaurant ne seront plus des évènements rares. Les visites aux amis et les pratiques sportives prendront le pas sur les visites à la famille. A niveau équivalent d'activités de loisir, les Français culturellement plus élevés auront des relations avec leurs amis plus fréquentes alors que les Français de bas niveau culturel auront des relations familiales plus fréquentes. Une accentuation de ces inégalités Dans les années 80-90, un nombre toujours plus important de Français a été concerné par les déplacements vers des lieux d'agrément toujours plus éloignés de leur domicile que ce soit au quotidien, pendant les week-ends et les vacances. Mais le plus remarquable est l'inégalité croissante face à l'accès au loisir : les Français déjà favorisés par l'accès aux loisirs ont vu leur fréquence d'activités de loisir croître, tandis que les Français, dont l'accès aux loisirs hors domicile était rare, n'ont connu qu'une éventuelle légère amélioration. Globalement, les Français privilégient la qualité de l'offre à sa proximité - ils choisissent l'offre de loisir qui répond au mieux à leur aspiration, à leur désir, à leur plaisir-, alors que dans un passé encore récent, ils ne privilégiaient que la proximité. Mais n'oublions pas que la majorité des déplacements de loisirs est le fait d'une minorité, cette assertion doit être modulée : les personnes aisées, dont les loisirs sont fréquents, privilégient la qualité de l'offre car ils disposent d'une palette de choix possible qui a été considérablement développée. En revanche, la ' France d'en bas ' est astreinte à la proximité, car ses choix sont quasi inexistants. Les loisirs et les zones urbaines On insistera d'abord sur l'augmentation très nette de la fréquentation par les citadins des lieux de loisirs hors agglomération surtout dans les petites et moyennes agglomérations depuis plus de 10 ans. Bien que les activités de loisirs se déroulent toujours essentiellement à l'intérieur de la ZPIU (Zone de Peuplement Industriel et Urbain ) de résidence, avec une situation très contrastée entre la Région Parisienne et les autres régions. Les Français vont plus souvent et plus loin hors ZPIU pour pratiquer des loisirs ou rencontrer des amis ou de la famille , Les échanges banlieue-centre ville ont vu leur nombre exploser, au cours du week-end et principalement le samedi , nombre de personnes résidant en banlieue viennent en ville centre faire des achats le samedi dans la journée, et s'y distraire le samedi soir. Les relations entre banlieue et périphérie ont connu une très forte croissance (+85%) : la banlieue des ZPIU semble maintenant jouer, au niveau des lieux de loisirs et de rencontre, le rôle de ' centre ville ' pour la périphérie. En d'autres termes, les habitants des zones périphériques de la ZPIU pour se distraire, ont délaissé progressivement la ville centre au profit de sa banlieue. Ceci s'explique, en partie, par le développement croissant de l'offre de loisirs en proche banlieue moindre qu'en périphérie. De grandes disparités dans les pratiques de tourisme Ne pas partir une année ne signifie pas être exclu de la mobilité de tourisme. Certains Français par choix, ne partent pas chaque année, préférant réserver par exemple leur temps et leurs finances pour des voyages très lointains et plus onéreux. Notamment ce désir de rester chez soi est plus fort pour les résidents des maisons avec jardin. Mais certains Français, pour des raisons financières, ne peuvent partir que tous les deux ou trois ans. Le taux de départ croît avec le niveau de revenu, le degré d'urbanisation de la zone dans laquelle se situe la résidence principale et l'âge. Et ces disparités du taux de départ perdurent. Entre partants et non partants, la catégorie sociale, le niveau culturel et de revenus, la taille de l'agglomération de résidence et l'âge apparaissent être les facteurs les plus discriminants : les agriculteurs, commerçants, artisans, ouvriers, les ruraux et les habitants des petites agglomérations mais également les tranches d'âges 20-25 ans et plus de 70 ans partent significativement moins en voyage que le reste de la population. De même, l'origine géographique oppose partants et non partants : les taux de départ sont faibles dans les régions Nord et Est, les deux régions les plus fortement sinistrées économiquement. En outre, la ' solitude ' au quotidien, semble également constituer un frein important : les célibataires, veufs et divorcés sont moins enclins à partir en voyage que les autres. Mais ces variables n'influencent pas que le taux de départ, elles agissent aussi sur la fréquence de départ, sur la durée et le type de séjour. La pratique du tourisme dépend avant tout du statut social du Français. Au delà du statut social, la taille de l'agglomération de résidence est déterminante pour ces départs. La pratique du tourisme est croissante avec le degré d'urbanisation de la commune de résidence. Le taux de départ culmine pour les Parisiens dont leur modèle ne doit donc pas être appliqué à la France entière. Etre en activité implique un taux de départ plus important (80%) que de n'avoir jamais travaillé ( 66%) ou d'être à la retraite (72%). De plus les habitudes de départ prises pendant la période d'activité perdurent pendant la retraite. Ainsi, les retraités cadres partiront plus que les retraités non cadres. Contrairement aux loisirs quotidiens, les personnes vivant en couple ont des taux de départ plus élevés que les personnes seules. Il est plus facile d'aller seul au cinéma que de partir en vacances, phénomène bien compris de certains tour-opérateurs. En conclusion, le déterminisme économique, culturel et démographique est un facteur explicatif primordial dans l'accès aux loisirs et au tourisme. Puis, ces inégalités sont corrélées avec le fait d'être en activité ou non, travailler hors domicile ou à domicile et selon l'environnement de la résidence. En comparant les inégalités d'accès aux loisirs et celles d'accès au tourisme, les premières sont avant tout marquées par l'âge et le niveau culturel, les secondes par le niveau de revenu et par la région de résidence et plus particulièrement par la Région Parisienne.

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  • Nom/Titre : Françoise POTIER - Pascale ZEGEL
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