Certu

Club Innovations Transports des Collectivités

Accueil > Transport et aménagement > Villes solidaires

> Recherche détaillée

Mobilité subie, déplacements choisis - le cas de la ’ sur-mobilité ’ en région tourangelle

ETUDE

Cette recherche exploratoire se propose de comprendre et d’analyser des processus de discrimination à l’œuvre dans la mobilité individuelle, processus tendant à développer une ’ sur-mobilité ’ contrainte, obligeant les intéressés à se déplacer plus qu’ils ne le voudraient. Il s’agit d’explorer un paradoxe. Alors que la mobilité est très fréquemment valorisée et présentée comme un élément positif et alors que, dans le même temps, la fixité est souvent associée péjorativement à la passivité, la recherche mettra en évidence les situations dans lesquelles la mobilité devient une sur-mobilité, source de difficultés qui pèsent plus sur certaines catégories de la population qui la ressentent comme une contrainte.

Ce premier temps de l’enquête vise à repérer les types de populations qui sont marginalisées selon leurs motifs de déplacement, avec la portée géographique de leurs mouvements et leurs itinéraires.

Année d'élaboration :

2003

Méthodologie

Grâce à une enquête qualitative de type ethnosociologique, ont été approchées les populations exposées, par obligation, à un surcroît de déplacements et de mobilité, et, ont été repérés, selon des contextes résidentiels différentiés, des parcours soumis à risque. Un ensemble non exhaustif de cas de sur-mobilité contrainte ont ainsi été repérés. Ces cas de sur-mobilité sont très divers. A titre indicatif il est possible de citer l'influence de moments de l'année, les Grandes vacances scolaires notamment, qui ont des répercussions sur des personnes qui se trouvent en dehors du cycle scolaire et, a priori, non concernées. C'est ainsi que les personnes âgées, celles qui sont utilisatrices exclusives de transports en commun, vont être pénalisées par la réduction du nombre de transports collectifs pendant les vacances scolaires.

Résultats

Si de nombreux cas de sous-mobilité ont souvent été mis en évidence, cette recherche montre l'existence de cas de sur-mobilité. Celle-ci est liée au sentiment de trop se déplacer : en nombre de déplacements, en temps et/ou en distance. Si cette sur-mobilité est en fait le lot de la grande majorité des citadins, elle se révèle être particulièrement préjudiciable et avoir des effets cumulatifs pour certaines catégories de population en situation d'inégalités sociales, économiques, physiques... Les causes de sur-mobilité sont souvent les mêmes que celles des cas de sous-mobilité. Elles sont de deux natures : - exogène : offre de transport collectif, rythmes scolaires, évolution des formes de la ville... - endogènes : handicap physique, difficulté économique, insertion culturelle... La transformation de ces causes en sous-mobilité ou en sur-mobilité tient de réactions et d'adaptations individuelles. Devant ces difficultés, endogènes ou exogènes, soit la personne concernée décide de ne pas se déplacer (sous-mobilité), soit elle décide de trouver des subterfuges pour se déplacer (sur-mobilité). Le plus souvent, pour l'individu qui ne se déplace que difficilement, les cas de sur-mobilité succèdent dans le temps aux cas de sous-mobilité et réciproquement. Le résultat peut être une mobilité qui apparaît normale en nombre moyen de déplacements mais qui masque des difficultés réelles. La conséquence est toujours un accroissement de l'exclusion dans une société où la mobilité est un art de vivre. Cette notion de sur-mobilité conduit à relativiser un discours qui ne ferait de la mobilité qu'un phénomène exclusivement positif. Parmi les cas de sur-mobilité présentés dans la recherche exploratoire, ce qui retient plus particulièrement l'action, c'est la manière suivant laquelle ceux qui n'ont pas de voiture vivent la ville, façonnée par ce moyen de transport, le vécu de la ville de l'automobile. La ville de l'automobile impose ses formes, sa morphologie à l'ensemble de ceux qui se déplacent. Il arrive ainsi, fréquemment, que ceux qui se déplacent à pied ou en vélo doivent faire des détours, doivent reconstituer une chaîne continue de déplacements dont les maillons ont disparu au profit de voies rapides, d'autoroutes urbaines et de rocades et autres dédiées à l'espace exclusif de la voiture. En outre, cet espace urbain modelé pour et par l'automobile peut apparaître illisible et totalement hors d'échelle pour ceux qui ne peuvent s'en faire une représentation - ceux qui n'en ont pas la pratique par l'utilisation de la voiture. L'usage lacunaire et non rationnel des transports en commun, parfois limité à une seule ligne s'explique, aussi, en partie, par cela. Là encore, il s'agira de poursuivre plus avant notre étude en interrogeant plus fermement ce lien pressenti entre sous-mobilité et sur-mobilité. Nous le voyons bien, si cette première enquête a permis de défricher certains pans de la question, d'autres restent en suspens et attendent d'être éclairés à leur tour. La complexité du questionnement proposé n'a pas conduit à l'impasse ainsi que certains pouvaient le supposer, mais elle nous impose de régénérer et de muscler plus encore notre pensée. L'ambition de cette recherche était d'abord d'ouvrir des voies de réflexions, non pas tant de répondre précisément à des questions ou d'apporter des solutions.

Contacts

  • Nom/Titre : Frédéric TOUPIN, - Christophe GIBOUT - Annie GUEDEZ, - Jean GREBER